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“Que deviens-tu Fred Nkembé ? »

Ancien espoir au Mans Sarthe Basket, Frédéric Nkembé  (1,90m, né en 1975) est aujourd’hui devenu kiné. En Pro A, il fut meilleur marqueur français en 2004 et deux fois All-star. Lire la suite »

SIG Strasbourg : La réussite digitale (2)

Au-delà de sa récente réussite sportive depuis l’arrivée de Vincent Collet à la tête de l’équipe, la SIG s’est considérablement étoffée dans le domaine du digital sous la présidence de Martial Bellon. L’efficacité de son site et de ses réseaux sociaux est devenue exemplaire.

Le première partie du dossier est ici.

Sigstrasbourg.fr a pour double objectif de bénéficier à l’image du club et aussi d’accroître les ressources financières. Une boutique en ligne avec la vente de produits dérivés doit apparaître sur le site sous deux ou trois semaines, mais trop peu de commandes sont à prévoir pour entraîner d’importantes rentrées d’argent.

En revanche, le site et les réseaux sociaux contribuent au boom du ticketing et des abonnements. C’est le digital qui a permis à la SIG de comptabiliser 1 600 abonnés particuliers alors qu’elle venait d’échouer une quatrième fois de suite en finale des playoffs, que Vincent Collet avait déposé temporairement sa casquette de capitaine et que les premières semaines de l’actuelle saison avec le Finlandais Henrik Detmann à la barre furent calamiteuses. Aujourd’hui, plus de 80% de la billeterie sont assurés par le biais du site.

« Il y a trois ou quatre ans, on vendait encore minimum cinq à six cents billets les soirs de match. Aujourd’hui, c’est 150-200, » confirme Aymeric Jeanneau. « En allant sur le site, on peut s’asseoir virtuellement à sa place, tourner son téléphone pour voir la salle en 3D de gauche à droite. Il faut créer des produits qui donnent envie d’acheter. »

A l’époque où Ricardo Greer et David Andersen étaient Strasbourgeois, des connections venaient de République Dominicaine et d’Australie. Des internautes chinois suivent la SIG. Lorsque Frank Ntilikina a eu droit au New York Times et que le site a publié l’article, cela a créé du buzz au niveau international mais il est retombé un peu en attendant les jours qui vont précéder la draft. Au-delà de l’anecdote, il est acquis que le rayonnement de la SIG va au-delà de la frontière de l’Alsace puisque les habitants du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ne représentent que 25 des 45 000 fans sur facebook.

 

« On peut faire 9-10 millions avec l’économie strasbourgeoise mais pour passer à 12-15 dans 10 ou 15 ans, il faudra sortir de l’Alsace »,

 

La SIG a à sa disposition un vivier énorme encore peu exploité avec la concentration urbaine qui existe de l’autre côté de la frontière, de Karlsruhe, en Allemagne, à la Suisse. Il faut savoir qu’une ligne de tram existe désormais entre Strasbourg et Offenbourg, la ville allemande qui se trouve juste de l’autre côté du Rhin. Et que deux journalistes allemands sont accrédités en permanence au Rhenus pour suivre les matches de la SIG. Et si les Alsaciens parlent souvent l’allemand, les frontaliers de l’autre bord se débrouillent généralement en français.

Lorsque, en avril dernier, la SIG s’est retrouvée face à Galatasaray en finale de l’Eurocup, elle a reçu 20 000 demandes mais le club a estimé à 25-28 000 le nombre de spectateurs potentiels, ce qui a priori constitue une sorte de record national pour un match de basket en France entre deux équipes de club. Nombre des candidatures provenaient d’Allemagne mais la présence d’une forte communauté turque dans ce pays fausse quelque peu l’analyse.

« Des Allemands viennent au match mais je ne suis pas sûr qu’il y en ait beaucoup sur les réseaux sociaux, même si on peut lire quelques posts », constate Aymeric Jeanneau. « Strasbourg, c’est quand même la capitale européenne et c’est une ville à 180°. A une heure et demie de Strasbourg, c’est 6 millions d’habitants. C’est l’une des plus grandes zones de chalandise d’Europe. La Suisse n’est pas loin non plus et il y a là-bas des entreprises, de l’argent. On n’est pas encore prêt pour faire une version en allemand du site. La traduction Google, c’est moyen. On a envie de travailler ça mais on ne peut pas aller plus vite que ce que l’on fait aujourd’hui. Il faut se staffer. »

Si la SIG à l’oreille de Jordi Bertomeu, le patron de l’Euroleague, c’est que la réfection du Rhenus qui doit entraîner l’édification d’une véritable arena aux normes du XXIe siècle, avec une capacité de 8 puis 10 000 places et 4 000m2 de surfaces commerciales, c’est du sérieux. Il lui faut trouver une entreprise qui accepte de donner son nom moyennant finances et le projet pourra être concrétisé en 2020 sinon 2021.

« On peut faire 9-10 millions avec l’économie strasbourgeoise mais pour passer à 12-15 dans 10 ou 15 ans, il faudra sortir de l’Alsace », estime Aymeric Jeanneau. « Sur nos dix derniers matches, on fait guichets fermés. On ne fait pas de pub en ville ou ailleurs, c’est donc le digital qui permet ça. C’est évident que l’on doit être encore plus performant dans ce domaine. Nos objectifs sont de développer la vente de billets. Lorsque l’on fait des vidéos, ça donne envie aux gens de venir. Bien sûr que l’on veut faire encore plus d’audience sur différents vecteurs digitaux, ce sont des carrefours d’audience pour nos annonceurs. Je n’ai pas mis d’objectifs en disant il nous faut 80 000 fans Facebook l’année prochaine mais par contre toute l’équipe est motivée là-dedans. »

 

Site Internet

100 000 visites par mois

Dont 40 000 visiteurs uniques et environ 200 000 pages vues. Le site a connu des pics spectaculaires lors des précédentes saisons en playoffs et avec la finale de l’Eurocup 2016. Ainsi, en avril 2016, mois de la demi-finale et de la finale de l’Eurocup, il a enregistré 263 550 visites, 110 000 visiteurs uniques, 574 827 pages vues…

 

Facebook 

 44 868 fans

Soit 3 908 fans de plus depuis le début de la saison. La SIG est ainsi troisième en France derrière Limoges (74 033) et l’ASVEL (62 261).

 

Twitter

35 097 abonnés 

Soit 16 102 abonnés de plus depuis le début de la saison. La SIG se rapproche de Limoges qui est n°1 avec 37 470 abonnés et garde à distance l’ASVEL qui compte 15 402 abonnés.

 

Instagram

 10 770 abonnés

Ce chiffre permet à la SIG d’être le club de ProA le plus suivi sur ce réseau social. Elle recense 2 770 abonnés de plus depuis le début de la saison.

 

Youtube

 806 abonnés

Le club occupe la troisième place du podium des clubs de ProA, derrière Limoges et ses 2 027 abonnés et Cholet qui en compte 845.

 

 Quelques chiffres

Les derniers mois ont permis à la SIG Strasbourg de battre de nouveaux records historiques du club :

72 

Le nombre de matches joués la saison dernière (34 en saison régulière de Pro A, 10 en play-off, 24 en Coupes européennes, 2 en Leaders’Cup, 1 en Coupe de France, 1 au Trophée des Champions). Seuls trois joueurs les ont tous joués : Rodrigue Beaubois, Bangaly Fofana et Jérémy Leloup. Le précédent record datait de la saison précédente (70 matches). En 2013/14, la SIG Strasbourg avait disputé 60 rencontres contre seulement 44 en 12/13.

51

Le nombre exceptionnel de matches retransmis à la TV sur les 72 joués durant cette saison 2015/16.

13

Le Rhenus (6 100 places) a fait le plein à 13 reprises durant la saison dernière.

1 621

Le nombre d’abonnés cette saison pour suivre les matches au Rhenus (+20% par rapport à la saison dernière).

3 217

Avec les billets vendus aux abonnés et aux partenaires, plus de la moitié des billets sont réservés à chaque match de Pro A.

 

 

SIG Strasbourg : La réussite digitale (1)

Au-delà de sa récente réussite sportive depuis l’arrivée de Vincent Collet à la tête de l’équipe, la SIG s’est considérablement étoffée dans le domaine du digital sous la présidence de Martial Bellon. L’efficacité de son site et de ses réseaux sociaux est devenue exemplaire.

Dossier en deux parties.

 

C’est en juin 2013 que l’ancien meneur international Aymeric Jeanneau a pris sa retraite sportive mais il est demeuré au sein de la SIG où il avait séjourné, en deux fois, cinq saisons. Il a observé le club de l’intérieur, effectué une sorte d’audit, afin de proposer à son directoire une création de poste pour accélérer son développement. Un projet qui était en phase avec les idées du président Martial Bellon arrivé à la SIG en 2010. Aymeric Jeanneau est ainsi devenu le manager général du développement, ce qui intègre le commercial, le marketing, la communication, le digital et encore le ticketing, tout en assistant le président sur le dossier de la future Arena. Jérôme Rosenthiel étant le manager des opérations sportives et de la gestion administrative. La SIG de 2017, c’est douze permanents hors le secteur sportif, qui comprend les joueurs, trois coaches à plein temps (Vincent Collet, Lassi Tuovi, Lauriane Dolt), un à temps partiel et le kiné.

 

« Le trick shot challenge, sorte de panier le plus dingue, entre Erving Walker et A.J. Saughter a récolté ainsi plus de 80 000 vues »

 

Jusque là, le site était entre les mains de stagiaires qui faisaient de la création graphique, d’un community manager bénévole et de Jean-Claude Frey, ancien rédacteur en chef adjoint des Dernières Nouvelles d’Alsace, qui à ce titre a notamment longtemps suivi la SIG et l’équipe de France, et qui demeure aujourd’hui la pièce centrale de ce dispositif.

« Martial a pris point par point et vu là où on pouvait développer. Le digital a été quelque chose sur lequel on a mis l’accent. Après on a été trouver les personnes qu’il fallait, ne pas continuer avec celles qu’il ne fallait pas. C’était les points faibles du club et on a beaucoup travaillé sur les trois dernières années », indique Aymeric Jeanneau.

De fait, sur la période, quatre versions différentes de sigstrasbourg.fr sont apparues –la dernière date de fin décembre-, le club a changé de prestataire technique, enrichi son contenu, et développé son impact sur les réseaux sociaux. Les apports de Dominique Wendling, un ancien journaliste des DNA lui aussi, membre du directoire, qui est rentré dans le pôle communication, et de Sophie Assoumani de la société Good Way, une autre fan de basket responsable des réseaux sociaux, ont été bénéfiques comme celui de Franklin Tellier, une encyclopédie de la SIG, en charge notamment des vidéos –désormais l’une des marques de fabrique du site-, dont il assure les scénarios, les prises de vue et les montages.

Franklin Tellier a ainsi fêté le 200e match de Louis Campbell à la SIG avec une vidéo où apparaissaient par surprise ses enfants comme le 500e de Vincent Collet. Le trick shot challenge, sorte de panier le plus dingue, entre Erving Walker et A.J. Saughter a récolté ainsi plus de 80 000 vues. Récemment, la vidéo où Martial Bellon annonce la re-signature du coach des Bleus pour trois ans a également fait un tabac.

 

 

« La saison dernière le club a fait 72 matches et je les ai pratiquement tous fait en avant papier et en compte-rendu »

 

Ce qui différencie le site strasbourgeois de la majorité des autres de Pro A, c’est la qualité du contenu rédactionnel et c’est là où le rôle de Jean-Claude Frey est primordial. Les matches et les conférences de presse sont ainsi relatés à la fois vite et très bien.

« Je fais ça de façon très journalistique comme j’ai toujours fait », commente Jean-Claude Frey. « Quand j’entre en conférence de presse, le papier du match est en ligne. Derrière je suis la conférence et je la publie une demi-heure après la fin. J’ai de très bons retours. Même s’ils ont été au match, les gens sont accros aux déclas des joueurs et de Collet. On est repris régulièrement un peu partout et c’est fait pour ça. »

Le sexagénaire ne compte pas son temps mais a quand même mis la pédale douce en ce qui concerne les déplacements.

« Je les faisais l’année dernière. Je suis semi bénévole et un peu atteint par la limite d’âge. La saison dernière le club a fait 72 matches et je les ai pratiquement tous fait en avant papier et en compte-rendu. Quand je n’étais pas sur place, il y avait la télé, et quand elle n’était pas là, je pouvais suivre les matches grâce au système K-Motion avec une caméra fixe car chaque club a cinq codes d’accès. Il n’y a pas de commentaires mais je vois les actions et avec le live de la LNB, j’ai largement de quoi faire. Et sur certains déplacements, Régis Schneider (NDLR : le journaliste des DNA qui suit la SIG) me fournit la bande-son de la conférence de presse. Egalement, l’année dernière, pour un gros match, j’appelais Vincent une demi-heure après la conf. »

 

« Si on n’avait pas fait tout ça, on ne serait pas à 5 800 spectateurs de moyenne » 

 

Même s’il y avait eu ce titre de champion de France en 2005 sous l’ère Eric Girard-Ricardo Greer, la SIG était un club appartenant au « gros peloton » de la Pro A. La venue de Vincent Collet lui a donné un formidable coup de booster sportif avec un remarquable tir groupé de quatre finales des playoffs –on le sait, infructueuses- et une finale d’EuroCup, ce qui à l’époque moderne est presque surnaturelle pour une équipe française. La notoriété de Strasbourg a été grandissante ces dernières années, le nombre de ventes important des hebdos spécialisés dans le Bas-Rhin –deuxième département derrière la Haute-Vienne- en étant une preuve comme une autre. L’accroissement de l’impact des réseaux sociaux du club a été concomitant. Sans savoir qui est l’œuf et qui est la poule. Pour prendre conscience de son ampleur, il suffit d’avoir connaissance des chiffres qui seront proposés dans la deuxième partie de cet article.

« Sans les résultats sportifs que l’on a eus, on n’aurait peut-être pas eu cette obligation d’être à ce niveau. Il y a les obligations demandées par la ligue, l’Euroleague, la Basketball Champions League auxquelles il faut répondre. Je peux le dire puisque je ne suis pas Alsacien : quand en Alsace on fait quelque chose, ce n’est pas à moitié. Et parallèlement les résultats sportifs prennent de la valeur si derrière il y a un suivi. Si on n’avait pas fait tout ça, on ne serait pas à 5 800 spectateurs de moyenne », estime Aymeric Jeanneau.

« C’est Sophie Assoumani qui est en charge des réseaux sociaux », complète Jean-Claude Frey. « Elle fait du Périscope en direct sur la page facebook. Elle twitte pratiquement toutes les deux actions durant les matches, elle retwitte tout ce qui concerne la SIG un peu partout. On essaye d’être toujours plus interactif avec les fans. Même si l’année dernière, c’était difficile car ils étaient tout le temps par monts et par vaux, on fait venir des fans à des entraînements ouverts, ils ont posé des questions à Vincent Collet et à Martial Bellon, on leur a permis de rencontrer Jeremy Leloup. »

 

« La période Dettmann a été assez douloureuse et a entraîné énormément de boulot de modération.

 

Outre le fait d’être le deuxième club de Pro A sur twitter derrière l’inévitable Limoges CSP, et le troisième sur facebook, la SIG a été surprise et heureuse d’apprendre qu’elle figure en cinquième position des clubs de Basketball Champions League les plus suivis sur les réseaux sociaux derrière le Partizan Belgrade, le Besiktas Istanbul –tous les deux loin devant-, le Dinamo Sassari et le Pinar Karsiyaka.

« Sophie regarde partout ce qui se fait », informe Aymeric Jeanneau. « Il ne faut pas s’arrêter à ce que l’on fait nous, il y a plein d’idées à prendre partout. Notamment pour les campagne d’abonnement. On s’inspire… et parfois ça ne marche pas. »

Les réseaux sociaux ont révolutionné les rapports entre les fans d’un côté, les clubs et les joueurs de l’autre, en permettant une interactivité inimaginable avec les autres supports et rendant périmés les courriers des lecteurs de la presse écrite comme les divers encarts publicitaires. Ils ont aussi leurs inconvénients et les mauvais résultats sportifs en début de saison ont entraîné quelques dérapages.

« Il y a à boire et à manger, » résume Jean-Claude Frey. « La période Dettmann a été assez douloureuse et a entraîné énormément de boulot de modération. Les gens étaient extrêmement violents comme ils peuvent parfois l’être sur les réseaux sociaux. Il a fallu éliminer des commentaires. Ça n’a peut-être pas suivi au niveau des résultats mais Henrik Dettmann ne méritait pas le traitement qu’il a eu. Ce n’était pas évident en terme d’image pour le club. »

A suivre

Le CSKA champion, Nando De Colo MVP, dans les pas du nouveau roi d’Europe 

Jeudi 12 mai

Au cœur de l’une des places les plus importantes de Berlin, l’Alexanderplatz, se joue un petit moment d’histoire du basket français. Sous les yeux de quelques centaines de spectateurs, médias et curieux confondus, Nando De Colo est couronné MVP de l’Euroleague, soit meilleur joueur d’Europe, une première pour un joueur tricolore ; une récompense qui n’existait certes pas au moment où Antoine Rigaudeau marchait sur l’eau avec Bologne à la fin du siècle dernier. De quoi émouvoir Nando De Colo, particulièrement touché après avoir reçu son trophée des mains d’un autre joueur d’exception, le retraité grec Theodoros Papaloukas. « C’est génial, je suis très heureux et fier d’être MVP de la meilleure compétition en Europe », avoue-t-il avec une voix chevrotante. Mais l’Arrageois n’oublie pas la raison principale de sa venue en Allemagne : la quête du titre de champion d’Europe. « C’est toujours bien de recevoir des trophées individuels mais le plus important reste l’équipe. Nous n’avons pas fini notre mission, il reste deux matches et nous devons rester concentrés. »

Vendredi 13 mai

Des paroles aux actes. Opposé à un Malcolm Delaney pourtant déterminé à prouver qu’il a lui aussi réalisé une saison digne d’un MVP, Nando De Colo montre qui est le patron en délivrant l’une des plus belles performances individuelles de l’histoire du Final Four : 30 points à 11/18 – un record pour une demi-finale d’Euroleague, dépassant les 29 unités de Ramunas Siskauskas –, 3 rebonds et 4 passes décisives en 33 minutes. Un véritable récital tout au long duquel l’ancien Choletais fait admirer toute l’amplitude de sa palette offensive, parvenant à la fois à scorer en pénétration, sur des tirs contestés à mi-distance ou alors derrière la ligne des 6,75 mètres. Mais ce qui frappe, une fois la qualification pour la finale acquise, c’est l’œil du tigre affiché par le Nordiste dans la zone mixte, où se déroule les interviews, sans aucune émotion malgré sa formidable performance, comme s’il savait très bien que sa mission n’était pas encore terminée. « On s’est dit que c’était très bien d’avoir passé la demi-finale, mais qu’il reste encore un match. Le plus important est ce qui arrive. Maintenant, il faut surtout décompresser et bien se reposer avant la finale. »

Samedi 14 mai

Jour de repos à Berlin, mais pas dénué d’obligations pour le MVP de l’Euroleague. Convié à signer des autographes à l’Adidas Store en compagne de Dontaye Draper, Ioannis Bourousis et Luigi Datome, Nando De Colo est ensuite la cible principale des médias le soir lors de l’entraînement. Pendant que certains joueurs du CSKA Moscou ou du Fenerbahçe peuvent tranquillement converser avec un seul journaliste à la fois, l’Arrageois est assailli par une nuée de micros voulant recueillir ses impressions sur le grand rendez-vous du dimanche. « C’est bien d’être en finale mais c’est ce que nous voulions depuis le début de la saison. Nous avons travaillé dur pendant dix mois pour y arriver. Nous devons rester concentrés, il nous reste un match à jouer. Nous allons devoir être agressifs dès le début, tout en restant ensemble. Je ne sais pas si je serai spécialement attendu par le Fenerbahçe, je ne pense pas trop à ce qu’ils vont essayer de faire. Je me concentre sur moi, sur ce que je dois faire. »

Dimanche 15 mai, 20 heures

Un soir pour la légende. Tout commence si bien. Un floater à mi-distance devant les longs segments de Jan Vesely, suivi d’une passe dans le dos géniale pour un tir primé de Cory Higgins, le filleul de Michael Jordan. Mais Nando De Colo, si imperméable à la pression d’habitude, serait-il rattrapé par celle d’une finale ? La question se pose d’autant plus quand les vieux démons du CSKA reviennent danser sous les yeux des Moscovites, capables de dilapider une avance de 21 points en moins d’un quarttemps (de 60-39 dans le troisième quart à 81-83 à moins de vingt secondes de la fin du quatrième). Le scénario rappelle étrangement celui de la finale de 2012 où le CSKA – sevré de titre européen depuis 2008 – avait gaspillé une avance de 19 points contre l’Olympiakos.

« Je savais que j’aurai des responsabilités et des opportunités que j’ai toujours voulues, j’ai su les prendre. » Nando De Colo

L’international français (129 sélections) est méconnaissable pendant de longues minutes. Alors que son compère le Serbe Milos Teodosic assume enfin ses responsabilités dans une finale qui atteint des sommets de niveau de jeu, l’ancien enfant de l’USA Liévin est surpris à envoyer la bagatelle de quatre airballs, à perdre un ballon décisif dans la dernière minute ou à rater le shoot de la gagne… Heureusement que l’inoxydable Viktor Khryapa, du haut de ses dix Final Four, s’arrache pour aller cueillir le rebond offensif et égaliser à 1,9 seconde du buzzer (83-83). Comme s’il était écrit que cette saison 2015-16 serait celle du Français… « En prolongation, on savait déjà qu’on allait gagner », confie-t-il en conférence de presse. Peut-être facile à dire après coup mais toujours est-il que De Colo fait preuve d’un sang-froid terrifiant lors des cinq minutes supplémentaires, malgré ses quatre fautes, en guise d’épée de Damoclès, qui l’obligent à des allers-retours incessants sur le banc entre attaque et défense, tel un handballeur. Auteur de 10 points au cours du temps additionnel, il enquille surtout huit lancers-francs, pour sceller le gain du match, malgré l’incroyable pression sonore mise par les supporters du Fenerbahçe, venus en masse à Berlin dans une Mercedes-Benz Arena pratiquement toute de jaune vêtue. « Je ne les ai pas entendus », affirme-t-il pourtant à un journaliste de télévision, visiblement décontenancé par la teneur de sa réponse.

Dimanche 15 mai, 22h30

Cette prolongation décisive vient justifier son trophée de MVP du Final Four, couronnant ainsi un week-end de très haut niveau pour le comboguard du CSKA Moscou (26 points à 51,5%, 2,5 rebonds, 5,5 passes décisives, 2 interceptions et 9 fautes provoquées pour 24,5 d’évaluation en 31 minutes). Accueilli au centre du terrain par les huées d’un public turc lui reprochant d’avoir commis un marcher sur la dernière action du temps règlementaire, Nando De Colo n’a évidemment que faire de la vindicte populaire. Comblé comme rarement, buvant du champagne à même sa coupe de l’Euroleague – un trophée miniature est décerné à tous les vainqueurs –, fêtant son titre avec sa femme Veronica et sa fille Lola, le premier Français champion d’Europe depuis Antoine Rigaudeau en 2001 ne manque cependant pas de faire référence à son credo, le jeu d’équipe. Si pour certains sportifs, cela peut s’apparenter à une communication superficielle, c’est au contraire une véritable sincérité qui s’exprime chez Nando. Lui qui ne se plait guère à parler de lui se retrouve propulsé au centre de l’attention, devenant la star de l’évènement. Alors forcément, même lorsque les questions portent sur lui, c’est le collectif qu’il met en avant à l’issue de la rencontre. « Que dire ? Je me sens super bien. L’équipe mérite vraiment ce trophée. Nous avons travaillé dur toute la saison. Tout le monde pense que c’est facile pour le CSKA de gagner des matches mais ça ne passe pas comme ça, il faut se battre à chaque match. C’est pour ça que le coach nous dit que chaque rencontre est une finale. Nous avons gagné ce soir car nous sommes restés ensemble, en équipe. Que le match soit bon ou très mauvais, en finale, le plus important est la victoire. Pour le CSKA, ce n’était pas facile d’aller au Final Four chaque année et de ne jamais être sacré. C’est pour essayer d’avoir le plus de titres possibles que je suis venu au CSKA, je savais que j’aurai des responsabilités et des opportunités que j’ai toujours voulues, j’ai su les prendre. » Et pour quel résultat… Champion d’Europe, MVP, sélectionné dans le cinq idéal et meilleur marqueur de la saison d’Euroleague, MVP du Final Four : circulez, Nando a tout raflé cette saison !