"Archives de Maxiboy"

Du côté de chez Fred revisité 18 ans après

Suite et fin de la série sur Frédéric N’kembé. En 1999, un questionnaire « Du côté de chez… » avait accompagné le portait republié ici. Nous lui avons posé les mêmes questions dix-huit ans plus tard avant de lui rappeler ce qu’il avait répondu. Voici le résultat :

Où aimeriez-vous vivre ?

Réponse en 1999 (MaxiBasket n°194) : Au soleil, Tahiti peut-être.

Réponse en 2017 : Toujours au soleil, ça n’a pas changé même si je suis actuellement à Lille, je ne vais pas y rester longtemps (rires).

Avec qui ?

1999 : Avec ma famille.

2017 : Avec ma femme et mes enfants.

Votre occupation favorite ?

1999 : Lire de la poésie, des histoires vraies. Françoise Dotto et tout ce qui concerne la psychologie enfantine. Ecouter de la musique et jouer à la PlayStation.

2017 : Malheureusement depuis six ans, mon occupation favorite c’est les bouquins d’anatomie et de physiologie donc je ne vais pas dire ça parce que on dirait que le gars n’as plus de vie (rires) ! Mon occupation favorite, on va dire que ça reste le sport, le basket parce que j’arrive quand même à continuer à jouer, heureusement. Bon après c’est de la Nationale 3, ce n’est pas le haut niveau. J’arrive encore à mettre 35 points de moyenne donc ça va à mon grand âge (rires).

Par rapport à avant, la console, ça fait dix ans que je n’y ai pas touché, pour les livres, la poésie, je n’ai plus le temps. Ma seule lecture c’est malheureusement, comme je le disais, les bouquins de médecine.

L’objet auquel vous tenez le plus ?

1999: Ma PlayStation. J’aime les jeux de combat, quand ça saigne bien !

2017 : A l’heure actuelle, je dirais mon disque dur externe! Il y a six ans de kiné là-dessus, j’ai absolument tout, toutes mes vidéos, tous mes livres en numérique… Je l’ai en trois exemplaires et ce n’est pas pour rien. Il est dispatché un chez ma famille, un chez des amis et un chez moi. Si celui-là je le perds je me pends.

Votre héros préféré ?

1999 : Malcom X.

2017 : Mon héros préféré… Je vais prendre quelqu’un d’un peu plus récent, ça sera ma mère et Barrack Obama.

Votre bête noire ?

1999 : C’est une salle, Beaublanc. J’ai toujours fait des matches de merde à Limoges. Je déteste les arceaux de cette salle.

2017 : Ces dernières années ma bête noire c’est le trou de mémoire… Le trou de mémoire et la kiné fonctionnelle… Les gens vont se dire « mais ce gars il est relou ! Il est devenu casse couilles ! » (rires). La kiné fonctionnelle c’est difficile, j’ai raté l’examen, je l’ai repassé quatre fois donc voilà (rires).

A Beaublanc, j’envoyais que des « saucisses » je ne sais pas pourquoi.

Quelle est la chose que vous savez le mieux faire ?

1999 : La cuisine. J’adore préparer des plats bien lourds, avec du riz, de la sauce, bien épicé.

2017 : Prendre sur moi… prendre du recul, avoir de l’empathie.

Si vous pouviez déposer de la dynamite où vous voulez en toute impunité ?

1999 : Au siège du Front National.

2017 : Je pense que je la déposerais tranquillement au siège de Daesh, où il y a tous les petits chefs, où il y a toute leur logistique, où ils font leurs réunions d’état-major. Je ne sais pas dans quelle grotte ils sont mais je pense qu’un bon paquet avec tous les mecs de Daesh, qu’on en loupe pas un seul. Oui, voilà sous la table, au moment où ils font leur réunion d’état-major.

Maintenant Daesh m’inquiète un peu plus que l’effet Marine.

Une qualité chez la femme ?

1999 : La fidélité.

2017 : La fidélité.

Un défaut chez l’homme ?

1999 : Trop fier, trop orgueilleux.

2017 : La fierté.

Votre principal trait de caractère ?

1999 : Je ne suis jamais satisfait. On m’appelle d’ailleurs le bougon. Je n’aime pas perdre.

2017 : L’exigence, je suis trop exigeant envers moi-même et envers les autres.

Votre principal défaut ?

1999 : Je ne sais pas dire non.

2017 : En ce moment, c’est l’impatience. J’ai envie que tout arrive vite mais malheureusement c’est long, il y a des étapes à valider et j’aimerais bien en griller certaines.

Maintenant je sais dire non. Quand tu termines ta journée de boulot, tu en as une autre qui commence à la maison avec les voisins, avec les amis, tout le monde a mal quelque part. La petite-fille est tombée à la recré elle s’est cassée le coude sauf qu’il est 22h donc laissez-moi tranquille !

Ce que vous détestez par-dessus tout ?

1999 : Les gens qui ne sont pas francs, qui ne disent pas ce qu’ils pensent.

2017 : Il y en a deux, le manque de respect et la violence. Mais la violence des hommes envers les femmes parce que j’en vois assez souvent pour le coup. Quand tu demandes à la personne de se changer et que tu vois bien qu’il y a des hématomes, ça ne trompe pas. C’est vraiment un truc qui me rend fou !

Un fantasme ?

1999 : Disputer le All-Star Game NBA.

2017 : Alors un fantasme absolu ça aurait été d’être le kiné, être le physio de la Dream Team de Barcelone aux JO 92. J’aurais trop aimé être avec eux dans le vestiaire avant les matchs et après les matchs, être avec eux pendant les matchs ça devait être un truc de fou. Être avec des mecs qui à ce moment-là ne pensaient même pas que l’Europe existait. Ça devait être bien.

Votre idée du bonheur ?

1999: Ma femme, des enfants, chez moi, tranquille…

2017 : Être en bonne santé avec des gens que j’aime. Être en bonne santé et prendre soin des siens.

Quel serait votre plus gros malheur ?

1999: Perdre ma famille.

2017 : Ça ne change pas. Ça serait vraiment perdre femme, enfants, mère, frère. Il n’y a rien de pire, je pense. Suite au décès de mon frère, je n’ai jamais été aussi mal de toute ma vie, il n’y a rien de pire.

Le don de la nature que vous aimeriez avoir ?

1999 : Lire dans la tête des gens… Souvent, j’ai l’impression de me faire avoir. On dit : « Trop bon, trop con ».

2017 : Le don de la nature que j’aimerais avoir… Alors il y en a deux (rires) ! Le premier serait d’être invisible quand je veux. Et le deuxième serait de pouvoir me téléporter dans l’endroit auquel je pense en un instant. Ça serait un truc de ouf ! Mais je ne suis pas sûr de pouvoir rester dans la légalité à partir de ce moment-là (rires).

Que faites-vous s’il ne vous reste plus qu’une heure à vivre ?

1999 : J’appelle ma famille, je me fais un super repas et je fais l’amour. C’est bon, je peux mourir.

2017 : Je réuni tous les gens qui comptent pour moi dans la mesure du possible. J’appelle tous ceux que j’aime, j’essaye de bien manger, j’essaye de m’isoler vite fait et faire l’amour une dernière fois.

Et une semaine ?

1999: Je fais tout ce que je n’ai pas eu le droit de faire, plein de conneries. J’ai découvert récemment les facilités matérielles. Quand on dit, l’argent ne fait pas le bonheur, ok. Mais quand on en a, on rigole mieux. Voir quelque chose et pouvoir se le payer, c’est trop bon.

2017 : Alors là forcement la famille vite fait, les amis et surtout je vide mon compte en banque, je fracasse mon plafond de découvert autorisé et je me casse pendant une semaine. Je fais le tour du monde, je vais dans des endroits que je n’ai pas eu l’occasion de voir, je profite, je m’éclate ! Je kiffe la life en famille !

 

Lire l’article « Portrait de 1999 » et lire l’article « Qu’est ce que tu deviens« 

Frédéric N’Kembé, le bison bisontin

Article publié dans Maxi Basket N°194 en 1999

Puissant, athlétique et sans peur, Frédéric N’Kembé est un bison de 1,90 m qui bouscule les adversaires et les idées reçues.

The body, Frédéric N’Kembé a emprunté le surnom qui fait la gloire de Elle McPherson, mannequin australien au corps parfait. « On se cherchait des surnoms avec les potes de Levallois. Quand mon tour est arrivé, on a pensé à quelque chose qui ait un rapport avec le physique. C’est pas très malin » dit-il aujourd’hui, un peu gêné.

Dans le monde du gigantisme du basket, Fred N’Kembé est recensé dans la catégorie des « petits » avec son mètre quatre-vingt dix (maximum !), mais rares sont ceux qui possèdent une charpente aussi bien fournie. Il pointe désormais au quintal, et la matière grasse y est presque aussi rare que dans un yaourt Taillefine.

« C’est un athlète très doué, qui aurait pu réussir en foot, en athlétisme » dit Ron Stewart, son ancien coach à Levallois, qui en préparation testait ses joueurs sur la piste en tartan, sur 100, 200, 400 m. Fred se souvient avoir été mesuré à plus de 80 cm de détente sèche et avoir couru le 100 m en 11 secondes. Un chrono remarquable pour quelqu’un qui n’a jamais fait d’entraînement spécifique. Ce qui est unique chez N’Kembé, c’est cet alliage de vitesse, détente et puissance.

Fred est fier de son corps. C’est son signe distinctif et son gagne-pain. Il l’entretient avec le soin que porte un jardinier anglais à son gazon. Il fait de la musculation depuis qu’il est arrivé au centre de formation du Mans, à une époque où il pesait les 75 kg. « Quand on joue, et que l’on se fait bousculer par des mecs plus grands et plus costauds, on se dit qu’il va falloir qu’on s’y mette un jour. Je me suis rendu compte que plus j’en faisais, mieux je me sentais et plus j’arrivais à m’imposer sur le terrain. J’ai ainsi gagné 5-6 kilos chaque année ». Et Fred de préciser qu’il a été élevé aux grains, sans le concours de substances plus ou moins licites.

Michel Beuzelin, qui fut son entraîneur avec les espoirs du Mans, se souvient que Erwan Bouvier et lui s’étaient vu indiquer direction de la salle de muscu par Duane Washington, le meneur américain de l’époque. « Il leur avait qu’ils n’étaient pas assez forts de l’avant-bras pour repousser leurs adversaires en défense. Erwan était une puce quand il est arrivé au Mans, et il en est reparti avec une cage thoracique correcte. Fred et Erwan faisaient des concours pour se motiver. Ce qui est remarquable dans leurs cas, c’est la continuité. Beaucoup de joueurs font de la musculation pendant trois mois puis arrêtent ».

Aujourd’hui, Fred et Erwan se sont retrouvés à Besançon et continuent de soulever ensemble des haltères, souvent en compagnie du canadien Michael Meeks. Tous les jours. Une à deux heures à chaque fois. Entre-temps, Fred N’Kembé est passé par Levallois et sa bande de « Cardiac Kids » fondue de fonte. « Les deux dingues du lot, c’était Vincent (Masingue) et Fred. Les autres ont suivi » explique Ron Stewart. « Masingue prend beaucoup de plaisir à faire de la musculation. C’est une drogue. Un moment, je lui ai même dit d’arrêter, il commençait à avoir mal à l’épaule ».

« Avec Vincent, Sacha (Giffa), Brice (Bisseni), on se lançait des défis. C’était à celui qui soulevait les plus gros poids ou qui prenait le plus de rebonds » explique Fred.

Mais quand on lui demande s’il prenait son pied à durcir ses biceps comme Vincent Masingue, il se marre et lâche : « Un plaisir ? Franchement non. Je préfère rester chez moi à regarder des conneries à la télé plutôt que d’aller à la salle… ». Puis, il ajoute : « Mais, heureusement que j’en fais, sinon avec ce que je bouffe, j’aurais un p’tit bide sympa ». C’est qu’il faut savoir, c’est que le Bisontin est un fin gourmet et un bon vivant.

Élevé avec Erwan Bouvier

Davantage que Alain Digbeu et Mous Sonko, qui ont en fait été formés en clubs, Fred N’Kembé est un authentique produit des playgrounds parisiens. Ceux de La Courneuve, où ce fils de Camerounais, a passé son enfance. Une banlieue de Seine-Saint-Denis que l’on qualifie pudiquement de « difficile ».

« Sa famille n’était pas défavorisée. Son père travaillait. Sa soeur a fait des concours de top-model chez Elite. Disons qu’il a fallu qu’il se prenne en charge vis à vis du milieu ambiant de La Courneuve. Cela a été compliqué. Les études, tout ça… Il avait tendance à se mettre dans les emmerdes plus qu’à son tour » témoigne Michel Beuzelin.

« C’était dur. La Courneuve, Saint-Denis, Sarcelles, c’est clair que c’est galère. Mais, je dis ça maintenant que je connais autre chose, mais quand j’étais gamin, je m’y plaisais. J’étais avec des potes. on connaissait tout le monde dans la cité ». Sûr que Fred ne renie rien, au contraire. Il est pour tous là-bas une référence. « Je ne dirais pas que mes potes ont mal tourné, mais beaucoup ne font rien de leur journée. Il y a un paquet de chômeurs. Ils restent dans le hall, ils font leur petit business ».

Fred découvre le basket à 16 ans en pleine Jordanmania, et son style de jeu copié sur celui des Blacks américains des ghettos veut que le plus court chemin pour aller au panier soit la ligne droite. Il faut dribbler, sauter et surtout dunker. Ses potes l’entraînent à Aubervilliers, un club d’Excellence Régionale. C’est Jean Marie Deganis, ex-joueur de haut niveau et entraîneur fédéral, qui mettra Le Mans sur sa piste. « Il m’avait dit : ça sera compliqué, mais on y arrivera. Il avait raison » commente Michel Beuzelin.

« Fred n’avait peur de personne, mais il fallait qu’il apprenne à jouer avec les autres. Il n’avait aucune notion de ce qu’était la Pro A, la durée d’un match, la formule de compétition. Au début, sa relation avec les Amércains, c’était comme à la télé. Il était admiratif. Il voulait reproduire leurs gestes ». Ce n’est pas le moindre mérite de Fred de s’être plié au fil du temps aux exigences d’un autre monde, celui du basket pro. En espoirs, malgré sa propension à vouloir jouer près du cercle, il se retrouve en numéro 2. Beuzelin lui commande même, à titre expérimental, sur de courtes séquences, de prendre la mène ! Pour qu’il comprenne la difficulté de la tâche. Les tirs à trois points qu’il mettra plus tard, il les prenait déjà… souvent en pure perte. Fred score beaucoup et accumule les rebonds. Vite, le cadre du championnat espoirs se montre trop étroit pour lui. Fred a la confiance de Ernie Signars, le coach du MSB, enfant d’un ghetto de Chicago et qui a pour le gamin les yeux d’un papa poule. « Quand Ernie a donné leur chance à Erwan et Fred, ils l’ont saisie » rappelle Beuzelin. « Ils remplaçaient soit le naturalisé Truvillion, soit l’Américain, Hopson, et ils ne se sont pas dégonflés. La réussite d’Erwan, qui est entré réellement en jeu quelques jours avant lui, a servi à Fred. En pro, Fred est entré pour défendre. Il avait compris que pour jouer à ce niveau, il fallait défendre. Quand il était en espoirs, je pouvais le mettre sur des 1 comme sur des 4 ».

Nous nous sommes tant aimés

A 21 ans, la trajectoire de Frédéric N’Kembé change de direction. Il se plaisait au Mans, mais le nouveau coach, Alain Weisz, opte pour une équipe expérimentée et cosmopolite. Fred est prêté une première fois à Roanne où il s’embourbe un peu. Il revient l’été suivant pour faire ses preuves, mais le MSB qui monte en puissance s’offre l’Espagnol Aisa et le Grec Stavrakopoulos, qui ont déjà porté, l’un le maillot de Estudiantes Madrid, l’autre du Panathinaikos Athènes. « Je n’avais pas envie de partir. Je m’entraînais avec eux. J’avais largement le niveau. Ils se sont sans doute dit que mon jeu playground ne convenait pas, mais comme j’avais prouvé que je pouvais passer 20 minutes sur le terrain et apporter des choses positives quand Ernie était là, je ne vois pas pourquoi ça n’aurait pas marché un ou deux ans après. Il y avait le Grec là, je ne me souvient plus de son nom… Il est clair que… » Fred ne finit pas sa phrase, mais on devine une certaine amertume. Il a voulu ensuite prouver à Levallois que Le Mans avait eu tort de s’en défaire, il a dû sans doute se marrer parfois en voyant Stavrakopoulos errer sur les parquets de Pro A, mais l’homme est trop gentil pour en vouloir à quiconque : « Ils forment des jeunes et ils prennent des Espagnols, des Grecs. Tant mieux, ça marche, je suis content pour eux… »

C’est donc Levallois, alors en Pro B, qui récupère « The Body » à la rentrée 97. Ron Stewart ne cherche pas à s’approprier ce recrutement judicieux : « franchement, je ne le connaissais pas trop. C’est, je crois, son agent, Philippe Ruquet, qui pensait que Levallois était un bon club pour lui pour s’exprimer. Il est venu faire un essai de 3-4 jours et dès le premier jour, j’ai souhaité qu’il reste ».

Dans l’histoire, finalement, tout le monde a été gagnant. Le Mans a grimpé vers les sommets et Fred a baigné à Levallois dans une ambiance unique propice à son épanouissement. Il s’est retrouvé avec d’autres joueurs du même âge, aux goûts et aux tempéraments identiques, et qui ont regagné le droit de remonter en Pro A avant, la deuxième saison, d’étonner le monde du basket avec leur jeu spontané, tonique et spectaculaire. Les « Cardiac Kids » étaient potes au point de passer leurs week-ends ensemble. Masingue, Bisseni et Giffa se sont même offert des vacances communes au Club Med’. Même quand la salle était vide, ils faisaient eux-mêmes monter l’adrénaline, en se bousculant, en criant, en s’insultant après chaque panier, comme des collégiens américains.

« Les gens ont pris conscience qu’on n’était pas qu’une bande de banlieusards à la tête dure qui jouait un basket de fous. on pouvait jouer contre des joueurs confirmés, battre de grosses équipes. Ne pas avoir d’Américains (Hubert Register n’a disputé que 6 matches et James Scott en a manqué 9) nous a permis de mieux nous exprimer individuellement, mais avec deux Américains qui tiennent leur rôle, on aurait pu aller plus haut ».

En début de saison, Fred a franchi le mur du son

Sa venue à Levallois a permis de découvrir chez Fred N’Kembé une arme qu’on ne lui connaissait pas : le shoot à trois points. Il n’avait mis qu’un seul panier à plus de 6,25 m en deux saisons, au Mans et à Roanne, alors qu’il en a transformé 63 sur 182 en deux ans dans les Hautes-Seine. « Il s’est rendu compte que s’il voulait faire vraiment sa place dans le basket français, il fallait qu’il tire de loin » dit Ron Stewart. « Et nous, on avait beaucoup de joueurs qui attaquaient le panier et on avait besoin de paniers à trois points. J’avais remarqué qu’il avait une bonne finition de son shoot, et que c’était davantage le début du geste qui n’était pas parfait, alors on a beaucoup travaillé ça. Il a pris de plus en plus confiance. Je lui ai donné le feu vert à trois points. Il en a profité ».

C’est une constance chez N’Kembé : il bosse et il progresse. Eric Lehmann, son nouveau coach à Besançon, est le premier à le souligner : « C’est un travailleur acharné qui aime beaucoup la vie et qui est toujours joyeux. C’est très important dans le basket de haut niveau. On a trop de joueurs qui manque d’enthousiasme, qui font leur métier avec ennui ».

Le plaisir, il transpire du jeu du Bisontin. On est d’abord épaté par sa masse, sa force, sa faculté à foncer même si en face, c’est plus grand, plus haut et a priori plus fort. Un bison, quoi. Fred est toujours en mouvement, infatigable. Face à Limoges, on l’a vu rater un shoot face au panier, se lancer dans la meute pour le rebond offensif, récupérer la balle et la remettre dans le cercle, ce qui a permis au BBC de se relancer. Une séquence familière pour N’Kembé, mais tout de même étonnante pour un joueur de 1,90 m. Combien de joueurs européens de son gabarit sont capables de pareilles percussions dans les défenses ? Si peu que, finalement, on est bien embêté au moment de tirer un parallèle avec d’autres. Il faut puiser dans l’immense réservoir américain pour avoir des références. Il n’y a qu’aux US où existent des Blacks de 1,90 m, 100 kg, formés sur les playgrounds et qui courent le 100 m  en 11 secondes.

D’ailleurs, si N’Kembé est répertorié en deuxième arrière, c’est davantage un 3, un petit ailier, ce qui est encore plus anachronique considérant son nombre limité de centimètres. Il est le premier à reconnaître aimer se frotter aux molosses : « 1,90 m, c’est pas géant. Les trois-quarts du temps, les mecs font 1,95 m – 2 m, mais je n’ai pas de problème à défendre ou attaquer avec eux. Je préfère défendre sur les grands, sur des 3, sur ceux qui aiment attaquer le cercle, aller au rebond. Sur les petits, tu donnes un coup de poitrine, ils reculent d’un mètre et on te donne une faute. Et puis, les 3, quand ils me voient arriver, ils ne se méfient pas, ils pensent que ça va être plus facile ».

Erik Lehmann développe une théorie intéressante à propos de son joueur : « Je pense qu’il faut mettre de côté la taille. Ce qui compte aujourd’hui, ce sont les qualités athlétiques et le mental. En théorie, Jordan n’était-il pas un peu petit pour son poste ? Et Rodman, pour être le rebondeur exceptionnel qu’il fut ? Fred est plus un 3 qu’un 2. Il est encore plus petit pour ce poste, mais il compense par son physique, ses dons athlétiques, à un point où ça peut même devenir un avantage ».

Sur les premières semaines de compétition, Fred a franchi le mur du son. Il s’est retrouvé un moment à 15 points et plus de 6 rebonds de moyenne. Des stats qu’il ne pourra tenir sur la longueur, mais qui lui ouvrent, à 25 ans, des perspectives insoupçonnables. Jusqu’où ira-t-il ? « Pour moi, son niveau de manipulation est insuffisant » dit Lehmann. « Il ne peut pas suppléer le meneur et c’est pourquoi il est plus un 3 qu’un 2. Il ne peut pas monter la balle sous pression et installer le jeu. Fred me fait penser à Digbeu. Il doit rester trois ans ici et j’espère qu’il va bouffer de la manip’ tout l’été. J’ai le souvenir par exemple d’un Robert Smith qui dribblait partout, y compris à l’hôtel. La question que je me pose, c’est : va-t-il travailler les manques ? Veut-il aller au bout de lui-même ? Je ne le connais pas encore assez pour juger, mais déjà, je peux dire que j’aime travailler avec lui. J’aime le joueur athlétique, mais aussi le personnage ».

« Dans ma tête, c’est clair, je ne veux pas m’arrêter là. Je vais tout faire pour travailler, continuer à progresser. Je ne veux pas me fixer de bus, mais ce sera le plus haut possible » répond Fred. Les métamorphoses, lui, le fils de banlieue installé dans un appart’ lumineux de Besançon, ça ne lui fait pas peur. « Le style entre Levallois et Besançon, ça n’a rien à voir. Ici, c’est beaucoup de patience. Le jeu est plus structuré. Parfois, c’est clair, j’ai envie de prendre la balle et de partir dans un drive un peu fou. Je commence de temps en temps. Le coach, il gueule, alors j’arrête (il se marre). Mais bon, il faut passer par là. Dans le basket de haut niveau, chacun doit avoir son rôle ».

Depuis Tanoka Beard, Besançon n’avait jamais eu un joueur qui fasse autant parler du club. Lehamann verrait bien Fred N’Kembé comme franchise player. L’intéressé ne dit pas non, mais précise : « j’ai envie de jouer dans un club ambitieux, au plus haut niveau. Jouer le maintien, ça ne m’intéresse plus ! »

Article orinial en PDF : Fred Nkembe Maxi Basket N°194 en 1999

 

Bill Bradley, la première superstar américaine du basket européen

Son cursus sportif et universitaire était totalement exceptionnel lorsque Bill Bradley devint champion d’Europe avec le Simmenthal Milan en 1966.

 

Bill était un surdoué, pour le basket, pour les études, pour la politique. Il cherchait sans cesse à innover, à s’améliorer. Dans le jardin familial, il avait dessiné une raquette et planté un panier. Il localisait visuellement le cercle puis répétait des shoots en suspension comme un robot et en aveugle. Il invitait régulièrement un de ses copains pour se tester ensemble. Celui-ci avait la permission de shooter les yeux ouverts, mais prenait régulièrement une raclée.

Elu deux fois all-American en high school, Bill Bradley avait le choix entre soixante-quinze bourses d’études. Un pied cassé lui interdit de rejoindre Duke, et finalement il sélectionna l’université de Princeton, qui ne proposait pas de bourses pour les sportifs mais qui était une institution intellectuellement prestigieuse, que fréquentèrent le président John F. Kennedy et plusieurs prix Nobel de physique et d’économie.

« Je n’ai jamais vu un garçon aussi travailleur »,  lâcha plus tard le coach Butch Van Breda Kolff. Une anecdote rapportée par Jean-Jacques Maleval, dans « L’Equipe Basket Magazine » en dit long sur l’investissement monacal de ce fils de banquier. Un soir, quelques potes décidèrent de le dérider et demandèrent à une fille de se glisser nue dans les draps de notre héros. En la découvrant, Bill piqua une grosse colère et la pria de déguerpir sur le champ. Rien ne pouvait le faire dévier du droit chemin qui mène aux diplômes et aux titres.

« Je voulais te dire que c’est la plus grande démonstration que je n’ai jamais vu. Ce fut un plaisir de regarder ça et je voulais t’en remercier »

Deux minutes d’ovation au Garden

Le monde entier le découvrit lors des Jeux de Tokyo. Bill venait d’être élu NCAA Player of the Year de l’année 1964 par le prestigieux magazine The Sporting News. A 21 ans, Bradley était le plus jeune de l’équipe américaine et tourna à 10,1 points en moyenne avec un presque parfait 23/24 aux lancers-francs. Les Etats-Unis remportèrent évidemment leurs neuf matches ; seule la Yougoslavie (-8) s’approcha de leurs baskets. L’élégance gestuelle, la technicité de William Warren Bradley, capable de haut de son 1,96m, de jouer arrière ou ailier, avait frappé les imaginations. Et inutile d’ajouter que son QI basket était hors normes.

La soirée du 30 décembre 1964 au Madison Square Garden de New York est passée dans la postérité. Elle illustre le magnétisme que possédait Bradley sur les foules. Il restait quatre minutes et trente-sept secondes à jouer dans ce match Princeton-Michigan lorsqu’il se vit siffler sa cinquième faute. Le match fut interrompu deux minutes. Les 18 500 spectateurs newyorkais lui offrirent la plus longue ovation jamais reçue dans ce temple mondial du sport. Bradley avait tout réussi, 41 points, 9 rebonds et 4 passes décisives, plus une défense en béton armé. Princeton menait de douze points, et sans lui l’université de l’Ivy League se fit dépasser, 78-80. Admiratif, le pivot de Michigan Bill Buntin vint alors l’enserrer dans ses bras pour le féliciter. Cette saison-là, contre toutes les prévisions, Bradley emmena Princeton au Final Four NCAA. Sa star fut vite percluse par les fautes et Princeton se fit corriger par Michigan (76-93), mais lors du match dit de consolation qui existait à l’époque, il cumula 58 points avec 22/25 aux shoots et 14/15 aux lancers et c’est lui qui se fit élire MVP du tournoi. L’arbitre Bob Korte, qui avait sifflé lors des deux matches quantité de fautes à Bradley, vint le voir dans les vestiaires et lui serra la main en disant : « je voulais te dire que c’est la plus grande démonstration que je n’ai jamais vu. Ce fut un plaisir de regarder ça et je voulais t’en remercier. »

Bradley se vit remettre un autre trophée, le James E. Sullivan Award, qui échoit chaque année au meilleur athlète amateur américain. C’était la première fois qu’un basketteur en héritait.

 

« L’Américain avait la liberté de rejoindre l’équipe seulement un  jour avant chaque match »

L’idée de génie de Milan

Diplômé avec mention de Princeton, Bill Bradley fut choisi par les New York Knicks dans le cadre des choix territoriaux (territorial pick), une règle en vigueur à l’époque. Seulement, il venait de bénéficier d’une « Rhodes Scholarship », une bourse réservée aux plus brillants étudiants des Etats-Unis –le futur président Bill Clinton en fut plus tard un des récipiendaires- et préféra poursuivre son cursus universitaire deux ans à Oxford, en Angleterre, plutôt que de rejoindre instantanément la NBA. Au programme : sciences politiques, économie et philosophie au sein des têtes les mieux faites venues de Grande-Bretagne et d’ailleurs.

C’est à ce moment-là que Milan, parrainé par une entreprise de viande en conserve, Simmenthal, fit preuve d’une très grande habilité. Bradley avait déjà sympathisé avec deux basketteurs italiens lors de la cérémonie de clôture des Jeux de Tokyo. Il participait aux Universiades à Budapest lorsqu’il fut approché par Ricky Pagani, un ancien joueur du club qui parlait une douzaine de langues, qui était mandaté par le propriétaire du club, Adolfo Bogoncelli, et le coach légendaire Cesare Rubini, et qui se fit passer pour un  agent. Bradley se laissa convaincre de rejoindre le club lombard. Dans le contrat, il était prévu que Bill ne jouerait que la coupe des champions, l’équivalent de l’Euroleague –soit douze matches au total-, que la prime serait de 1 000$ par match, que le club prendrait en charge les frais de déplacement, et que l’Américain avait la liberté de rejoindre l’équipe seulement un  jour avant chaque match.

Le Simmental  était parvenue en demi-finale de la Coupe des champions deux ans auparavant. Il engagea un deuxième Américain, Duane « Skip » Thoren, un pivot de 2,08m qui sortait de l’université d’Illinois, et qui fera ensuite une solide carrière en ABA. C’est le Real Madrid qui avait lancé auparavant la « mode » des joueurs américains avec la paire Clifford Luyk-Bob Burgess. Mais pour mesurer combien était exceptionnelle  la présence de deux ressortissants étatsuniens dans la même équipe, il faut savoir que cette saison-là, la première division française, forte de trente-deux équipes, n’en recensait que deux, Henry Fields au Stade-Français et Leroy Johnson à Caen ! Des joueurs totalement lambda à l’échelle américaine. Bill Bradley, lui, même s’il s’entraînait peu, c’était l’as des as.

Les débuts de Bradley à Milan furent éblouissants. Il passa 36 points aux Allemands de Giessen. Il en mit 43 au Racing Malines la première fois et 33 la seconde. Ses gestes sur le terrain étaient ceux d’un extra-terrestre. Dans les rues de Milan, il s’amusait à lire les prix des marchandises dans les vitrines des magasins, tout en marchant la tête bien droite. Cette vision périphérique, il l’avait développé en s’entraînant au basket.  Bradley épatait le public mais aussi ceux qui le côtoyait. C’était un homme extrêmement bien élevé. Milan passa sur le corps du Real Madrid titré les deux saisons précédentes. 20 points pour Bradley à l’aller, 27 au retour. De Bill Bradley, son entraîneur Cesare Rubini dira « C’est un phénomène. Il joue comme un Dieu et de l’autre côté il étudie pour devenir président des Etats-Unis. »

Juste avant le Final Four, Bill Bradley participa avec l’équipe d’Oxford –avec qui il s’entraînait parfois- au derby face au grand rival Cambridge, gagné 76-64 et devant un demi-millier d’étudiants qui pour une majorité n’y connaissaient rien au basket. En demi-finale, le Simmenthal écarta le CSKA Moscou, super puissance européenne de l’époque, et en finale, à Bologne, il vint difficilement à bout du Slavia de Prague (77-72). Bradley (14 points) ne fut pas offensivement à son meilleur, mais Skip Thoren et Gabriele Vianello (21 points chacun) assurèrent largement la marque.

« En 2000, il se lança dans l’investiture démocrate pour la présidentielle »

Battu par Al Gore

Bradley ne porta pas une seconde saison le maillot du Simmenthal et quitta Oxford deux mois avant l’examen final afin de rejoindre les réserves de l’US Air Force. Il signa un contrat de quatre années et de 500 000$ pour les New York Knicks où il ne prit ses fonctions qu’en décembre 1967 à cause d’un accident de la circulation. Il avait été si fin dans les négociations que la presse l’affubla du surnom « Dollar Bill » (en anglais « Bill » signifie « billet »). Suite à la blessure de Cazzie Russel, il entra dans le cinq majeur quelques mois plus tard. Il fit partie des deux équipes des Knicks qui furent champion en 1970 et 73. Big Apple s’en souvient, émue. Ce n’est plus jamais arrivé depuis.

Les archives statistiques attestent qu’il a joué 742 matches en NBA pour 12,4 points en moyenne. Mais Bill Bradley, ce n’était pas qu’un  excellent basketteur. Il fut élu sénateur du New Jersey, un an après s’être retiré de la NBA. En 2000, il se lança dans l’investiture démocrate pour la présidentielle. Il reçut notamment le soutien d’un ancien équipier des Knicks, un certain Phil Jackson, et aussi de Michael Jordan. Mais, sentant le vent tourné, Bradley se retira en mars de la course pour soutenir son rival Al Gore, qui sera battu lui-même battu par George W. Bush. Huit ans plus tard, Bradley se prononça en faveur de Barack Obama, un autre fervent du basket-ball. Son CV évoque également sa réussite dans les affaires, l’écriture de plusieurs livres sur la politique, la culture et l’économie. Un incroyable touche à tout ce Bill Bradley âgé aujourd’hui de soixante-treize ans, une étoile qui l’espace de quelques matches illumina le ciel européen.

Article paru dans Basket Hebdo en 2013.

 

 

 

Jo Passave-Ducteil, l’ex-totem de Nanterre

Il y a quatre ans, Johan Passave-Ducteil (2,00m, 31 ans) était juste un soldat du basket professionnel français. Il a connu la gloire aussi inattendue que soudaine avec la JSF Nanterre. Une blessure l’a replacé dans l’ombre avant qu’il rebondisse cette saison à la JDA Dijon. Lire la suite »

Fernando Raposo (Gravelines), le joueur sans frontières

Multilingue et multiculturel, Fernando Raposo (2,06m, 27 ans) est le fruit de la mondialisation. Ancien international français U20, il ambitionne de retourner dans son pays de naissance, l’Allemagne. Lire la suite »

Dimanche à Pau : Gheorghe Muresan (2,31m), l’Everest du sport mondial

Dimanche, Gheorghe Muresan sera l’invité du classico Pau-Limoges. Avec ses 2,31m, le géant Roumain est le plus grand joueur de tous les temps, à la fois de la Pro A et de la NBA. Il fit aussi plusieurs aller-retours antre le Béarn et les Etats-Unis.

Lire la suite »

Visite guidée du musée du basket mondial à Genève

Il y a 125 ans le basket-ball était inventé par le pasteur canadien James Naismith professeur d’éducation physique au Springfield College dans le Massachusetts. A Genève, la fédération internationale entrepose et expose des objets souvenirs uniques sur l’histoire de ce jeu extraordinaire. Visite guidée. Lire la suite »

Le jour où l’étoile Hervé Dubuisson illumina le All-Star Game 1994

Jeudi 29 décembre se tiendra le All-Star Game 2016 à l’AccorHôtel Arena de Paris.

L’événement date en France de 1987 et l’édition de 1994 est considérée comme la plus réussie de toute. Par la grâce d’Hervé Dubuisson, le public de Tours et les téléspectateurs de France 3 virent des étoiles plein les yeux. Lire la suite »

Hommage : Pape Badiane et son frère


Le 4 février 2010, Pape Badiane, sa femme Julie et leur fille nous ouvraient les portes de leur appartement à Poitiers. Un véritable moment d’intimité qui nous avait permis de discuter à bâtons rompus avec en face à face Pape (31 ans) et son frère Moussa (30 ans).

Le premier était alors l’intérieur de Poitiers et le second de Nancy. Le lendemain soir, Poitiers avait vaincu Nancy et Pape (8 pts, 6 rbds) avait eu largement plus de temps pour s’exprimer que son cadet (0 pt en 10 mn).

En cette veille de Noël tragique où nous avons appris la disparition de Pape, victime d’un accident de la route, nous publions in-extenso cette interview parue alors dans Maxi-Basket. Lire la suite »

Nominée au Panthéon du basket américain, Jacky Chazalon est un mythe

« Son nom est Jacky Chazalon et à l’exception de Jean-Claude Killy, elle est peut-être le sportif français le plus célèbre. » Cette citation date du 28 juillet 1974 et émane du plus réputé des quotidiens américains, le New York Times, sous le titre « Chazalon. La poétesse française du basket-ball ». Etonnant, non ?

On comprend mieux pourquoi Jacky Chazalon vient d’être nominée au prestigieux Hall Of Fame américain de Springfield dans la catégorie internationale, au même titre que Vlade Divac, Toni Kukoc, Dino Radja et encore Nick Galis. Les résultats seront connus en septembre 2017. Lire la suite »