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Le CSKA champion, Nando De Colo MVP, dans les pas du nouveau roi d’Europe 

Jeudi 12 mai

Au cœur de l’une des places les plus importantes de Berlin, l’Alexanderplatz, se joue un petit moment d’histoire du basket français. Sous les yeux de quelques centaines de spectateurs, médias et curieux confondus, Nando De Colo est couronné MVP de l’Euroleague, soit meilleur joueur d’Europe, une première pour un joueur tricolore ; une récompense qui n’existait certes pas au moment où Antoine Rigaudeau marchait sur l’eau avec Bologne à la fin du siècle dernier. De quoi émouvoir Nando De Colo, particulièrement touché après avoir reçu son trophée des mains d’un autre joueur d’exception, le retraité grec Theodoros Papaloukas. « C’est génial, je suis très heureux et fier d’être MVP de la meilleure compétition en Europe », avoue-t-il avec une voix chevrotante. Mais l’Arrageois n’oublie pas la raison principale de sa venue en Allemagne : la quête du titre de champion d’Europe. « C’est toujours bien de recevoir des trophées individuels mais le plus important reste l’équipe. Nous n’avons pas fini notre mission, il reste deux matches et nous devons rester concentrés. »

Vendredi 13 mai

Des paroles aux actes. Opposé à un Malcolm Delaney pourtant déterminé à prouver qu’il a lui aussi réalisé une saison digne d’un MVP, Nando De Colo montre qui est le patron en délivrant l’une des plus belles performances individuelles de l’histoire du Final Four : 30 points à 11/18 – un record pour une demi-finale d’Euroleague, dépassant les 29 unités de Ramunas Siskauskas –, 3 rebonds et 4 passes décisives en 33 minutes. Un véritable récital tout au long duquel l’ancien Choletais fait admirer toute l’amplitude de sa palette offensive, parvenant à la fois à scorer en pénétration, sur des tirs contestés à mi-distance ou alors derrière la ligne des 6,75 mètres. Mais ce qui frappe, une fois la qualification pour la finale acquise, c’est l’œil du tigre affiché par le Nordiste dans la zone mixte, où se déroule les interviews, sans aucune émotion malgré sa formidable performance, comme s’il savait très bien que sa mission n’était pas encore terminée. « On s’est dit que c’était très bien d’avoir passé la demi-finale, mais qu’il reste encore un match. Le plus important est ce qui arrive. Maintenant, il faut surtout décompresser et bien se reposer avant la finale. »

Samedi 14 mai

Jour de repos à Berlin, mais pas dénué d’obligations pour le MVP de l’Euroleague. Convié à signer des autographes à l’Adidas Store en compagne de Dontaye Draper, Ioannis Bourousis et Luigi Datome, Nando De Colo est ensuite la cible principale des médias le soir lors de l’entraînement. Pendant que certains joueurs du CSKA Moscou ou du Fenerbahçe peuvent tranquillement converser avec un seul journaliste à la fois, l’Arrageois est assailli par une nuée de micros voulant recueillir ses impressions sur le grand rendez-vous du dimanche. « C’est bien d’être en finale mais c’est ce que nous voulions depuis le début de la saison. Nous avons travaillé dur pendant dix mois pour y arriver. Nous devons rester concentrés, il nous reste un match à jouer. Nous allons devoir être agressifs dès le début, tout en restant ensemble. Je ne sais pas si je serai spécialement attendu par le Fenerbahçe, je ne pense pas trop à ce qu’ils vont essayer de faire. Je me concentre sur moi, sur ce que je dois faire. »

Dimanche 15 mai, 20 heures

Un soir pour la légende. Tout commence si bien. Un floater à mi-distance devant les longs segments de Jan Vesely, suivi d’une passe dans le dos géniale pour un tir primé de Cory Higgins, le filleul de Michael Jordan. Mais Nando De Colo, si imperméable à la pression d’habitude, serait-il rattrapé par celle d’une finale ? La question se pose d’autant plus quand les vieux démons du CSKA reviennent danser sous les yeux des Moscovites, capables de dilapider une avance de 21 points en moins d’un quarttemps (de 60-39 dans le troisième quart à 81-83 à moins de vingt secondes de la fin du quatrième). Le scénario rappelle étrangement celui de la finale de 2012 où le CSKA – sevré de titre européen depuis 2008 – avait gaspillé une avance de 19 points contre l’Olympiakos.

« Je savais que j’aurai des responsabilités et des opportunités que j’ai toujours voulues, j’ai su les prendre. » Nando De Colo

L’international français (129 sélections) est méconnaissable pendant de longues minutes. Alors que son compère le Serbe Milos Teodosic assume enfin ses responsabilités dans une finale qui atteint des sommets de niveau de jeu, l’ancien enfant de l’USA Liévin est surpris à envoyer la bagatelle de quatre airballs, à perdre un ballon décisif dans la dernière minute ou à rater le shoot de la gagne… Heureusement que l’inoxydable Viktor Khryapa, du haut de ses dix Final Four, s’arrache pour aller cueillir le rebond offensif et égaliser à 1,9 seconde du buzzer (83-83). Comme s’il était écrit que cette saison 2015-16 serait celle du Français… « En prolongation, on savait déjà qu’on allait gagner », confie-t-il en conférence de presse. Peut-être facile à dire après coup mais toujours est-il que De Colo fait preuve d’un sang-froid terrifiant lors des cinq minutes supplémentaires, malgré ses quatre fautes, en guise d’épée de Damoclès, qui l’obligent à des allers-retours incessants sur le banc entre attaque et défense, tel un handballeur. Auteur de 10 points au cours du temps additionnel, il enquille surtout huit lancers-francs, pour sceller le gain du match, malgré l’incroyable pression sonore mise par les supporters du Fenerbahçe, venus en masse à Berlin dans une Mercedes-Benz Arena pratiquement toute de jaune vêtue. « Je ne les ai pas entendus », affirme-t-il pourtant à un journaliste de télévision, visiblement décontenancé par la teneur de sa réponse.

Dimanche 15 mai, 22h30

Cette prolongation décisive vient justifier son trophée de MVP du Final Four, couronnant ainsi un week-end de très haut niveau pour le comboguard du CSKA Moscou (26 points à 51,5%, 2,5 rebonds, 5,5 passes décisives, 2 interceptions et 9 fautes provoquées pour 24,5 d’évaluation en 31 minutes). Accueilli au centre du terrain par les huées d’un public turc lui reprochant d’avoir commis un marcher sur la dernière action du temps règlementaire, Nando De Colo n’a évidemment que faire de la vindicte populaire. Comblé comme rarement, buvant du champagne à même sa coupe de l’Euroleague – un trophée miniature est décerné à tous les vainqueurs –, fêtant son titre avec sa femme Veronica et sa fille Lola, le premier Français champion d’Europe depuis Antoine Rigaudeau en 2001 ne manque cependant pas de faire référence à son credo, le jeu d’équipe. Si pour certains sportifs, cela peut s’apparenter à une communication superficielle, c’est au contraire une véritable sincérité qui s’exprime chez Nando. Lui qui ne se plait guère à parler de lui se retrouve propulsé au centre de l’attention, devenant la star de l’évènement. Alors forcément, même lorsque les questions portent sur lui, c’est le collectif qu’il met en avant à l’issue de la rencontre. « Que dire ? Je me sens super bien. L’équipe mérite vraiment ce trophée. Nous avons travaillé dur toute la saison. Tout le monde pense que c’est facile pour le CSKA de gagner des matches mais ça ne passe pas comme ça, il faut se battre à chaque match. C’est pour ça que le coach nous dit que chaque rencontre est une finale. Nous avons gagné ce soir car nous sommes restés ensemble, en équipe. Que le match soit bon ou très mauvais, en finale, le plus important est la victoire. Pour le CSKA, ce n’était pas facile d’aller au Final Four chaque année et de ne jamais être sacré. C’est pour essayer d’avoir le plus de titres possibles que je suis venu au CSKA, je savais que j’aurai des responsabilités et des opportunités que j’ai toujours voulues, j’ai su les prendre. » Et pour quel résultat… Champion d’Europe, MVP, sélectionné dans le cinq idéal et meilleur marqueur de la saison d’Euroleague, MVP du Final Four : circulez, Nando a tout raflé cette saison !

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